«Temps du confinement : qui a le pouvoir dans notre couple ? »

Lorsqu’un couple se choisit pour vivre ensemble un amour partagé, au XXe ou au XXIe siècle -dans notre société occidentale-,  il s’établit sur des bases de respect mutuel, de partage des tâches, d’égalité, de transparence… Chacun place dans « la corbeille de noce »  un contrat, explicite ou implicite, issu de ses représentations du couple, de ses propres modèles relationnels, de ses désirs.

Pourquoi parler ici de pouvoir ?

En fait, quand le système couple fonctionne bien, la question est peu soulevée : chacun a son secteur, son domaine de prédilection ou de compétence : il/elle décide de l’achat de la voiture ; il/elle choisit la prochaine école des enfants, la couleur des rideaux ; il/elle règle les factures et tient la comptabilité domestique, il/elle cuisine, etc, etc… Or, tous ces domaines de la vie quotidienne et bien d’autres (éducation, choix des vacances, sexualité…) peuvent vite devenir des enjeux de pouvoir. Lorsque nous ne sommes pas d’accord, ou lorsque je veux avoir le dessus sur mon conjoint, c’est là que peut s’instaurer entre nous, insidieusement ou violemment,  un rapport de force qui empoisonnera notre relation conjugale.  Rares sont les couples qui échappent totalement à ce risque : Cette question est souvent apportée en thérapie conjugale. Je pense à ce couple d’une soixantaine d’années, qui consulte parce que les disputes sont violentes et prennent des proportions inacceptables. Chacun des deux aurait l’impression de perdre la face s’il cédait à l’autre un pouce de terrain…

Mais attention ! Le pouvoir ne se loge pas toujours où on l’attendrait ! Car ce n’est pas nécessairement celui qui fait le plus de bruit qui a le pouvoir… On peut même ne pas penser être détenteur/trice de pouvoir, et même de  se poser en victime ! Bien des femmes se trouvent dans ce cas de figure, qui se plaignent d’avoir tout le souci de la maisonnée sur les épaules -cette fameuse charge mentale-  et sont bien étonnées quand on leur pointe qu’en fait, elles détiennent un pouvoir domestique redoutable !

Car ce pouvoir-là est souterrain, et la puissance féminine prend alors des allures de sacrifices…  « Il me laisse tout faire ; je suis seule à décider… Mais  en fait… Est-ce que j’accepte vraiment qu’il m’aide ? Est-ce que ce serait bien fait, comme je le voudrais ? Est-ce que je ne préfère pas, au fond, faire moi-même, non sans me plaindre ? Et du coup, dans la  suite énoncée : «  je voudrais que ça change »,  quelle réalité ?  Est-ce si sûr que j’accepte de perdre ce pouvoir-là, qui évidemment ne dit pas son nom ?  N’y a-t-il pas quelque chose de gratifiant dans le statut de la plainte ? (même si je me garderais bien de l’avouer ??) ? A méditer…  Et les hommes aussi peuvent se retrouver dans un schéma analogue !

L’équilibre du couple, sur ce point comme bien d’autre, est toujours relatif ; lorsque l’un des deux exprime une insatisfaction, pouvons-nous en parler ?  Mais la réflexion est également personnelle : interrogeons nous en vérité sur les mécanismes internes, psychiques, à l’œuvre en nous. Par exemple, qu’est-ce qui fait que je me laisse dominer par mon époux,se ? Parfois je reproduis des schémas familiaux ; ou j’ai un besoin de sécurité qui me fait rester du côté de l’enfant que j’ai été ; ou je pense : il/elle est plus compétent(e) que moi, je n’ose pas proposer ma disponibilité ; ou encore, j’ai peur des conflits et de leurs conséquences possibles ; peut-être aussi la peur de ne pas/plus être aimé… la fatigue, l’usure… Tant de raisons possibles qui me poussent à m’effacer, à mettre l’autre au premier plan…
A l’inverse, je peux me demander pourquoi je refuse du pouvoir à l’autre dans notre couple : besoin de domination, volonté de toute-puissance ? Peur de ne pas exister ? Peur de me faire avoir, idéologie machiste ou féministe… Que sais-je ?

A FAIRE EN COUPLE. Redisons que le temps du confinement peut évidemment venir pointer, ou renforcer nos fonctionnements dans ce qu’ils ont d’insatisfaisant ; il est aussi opportunité de modifier nos modes relationnels. Ne vous privez donc pas de communiquer si vous vous sentez rejoints par tel ou tel exemple, ou si le temps vous semble propice à des échanges constructifs :

Connaître notre fonctionnement personnel et mutuel, accepter de l’entendre de notre conjoint, reconnaître et éclairer nos domaines de compétences, identifier les zones de pouvoir au sein de notre couple, les discuter au besoin, pour les rééquilibrer, voilà un bon exercice qui, s’il se fait dans un climat de  communication bienveillant, pourra faire grandir notre relation en permettant à chacun de prendre sa juste place.

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